Maré est une déclaration d’amour au Brésil.
Ce projet est né de moments vécus, de rencontres, de départs et de souvenirs que je ne voulais pas laisser disparaître.
J’ai écrit ces poèmes à partir de scènes parfois très simples : une soirée dans un village, un coucher de soleil à Ipanema, une nuit de Noël loin de chez moi, des enfants plongeant dans la mer, des visages rencontrés pour quelques jours ou pour quelques semaines.
Puis j’ai essayé de les immortaliser autrement.
Par les mots, par la musique, par la photographie.
Maré parle du Brésil, mais surtout de ce que le Brésil a laissé en moi.
Parce qu’en voyageant, je pensais découvrir des paysages.
J’ai finalement découvert des personnes.
Et lorsqu’on revient, certains endroits ne sont plus des endroits.
Ils deviennent des souvenirs.
Sur cette page, je vous partage ces fragments de voyage : les textes et les chansons qui les accompagnent.
Bienvenue dans Maré
Maré
Pars, reviens.
Comme la marée. Comme nous.
Je suis parti pour m'oublier.
Je pensais trouver des lieux. J'ai trouvé des visages.
Des inconnus devenus souvenirs.
Des départs qui n'étaient jamais vraiment des adieux.
J'ai appris autour d'une table plus qu'auprès de mille monuments.
J'ai écouté les histoires des autres et les miennes sont devenues plus petites.
Aujourd'hui encore, le citron vert, les vagues, la samba, les chiens sans maître, les enfants qui rient comme si le monde était encore entier me ramènent
là-bas.
J'en ai assez de partir. Jamais de retrouver.
On dit que la marée revient toujours.
Mais elle ne revient jamais la même.
Elle nous emporte, nous transforme, puis nous dépose ailleurs.
Je suis revenu.
Mais celui qui est revenu n'était plus celui qui était parti.
Une partie de moi est restée là-bas.
Et peut-être qu'elle n'apprendra jamais le chemin du retour.
Deixa o vento levar
Le vent est arrivé sans prévenir.
Il a déplacé les dunes, effacé mes pas.
Je l'ai suivi, sans savoir si c'était un chemin ou la mer.
J'ai vu deux pêcheurs marcher lentement, le filet sur les épaules, l'océan devant eux.
Je les ai suivis de loin, juste pour ne pas me perdre.
Les dunes changent. Le vent aussi.
Et peut-être que se perdre, c'est seulement apprendre un autre chemin.
Le vent a emporté ce que j'avais laissé.
Et je l'ai suivi.
Laisse-le t'emporter.
Jusqu'à ne plus savoir où finit le sable et où commence la mer.
A porta
Je ne connais pas leurs noms.
Seulement leurs rires.
Ils regardent la mer comme on regarde une porte.
Une porte qui ne demande rien.
Qui ne juge pas.
Une porte que l'on peut traverser autant de fois qu'il le faut.
Alors ils sautent.
Encore.
Encore.
Et pendant un instant, le monde reste de l'autre côté.
Là-haut, ils ne sont déjà plus du quai.
Pas encore de la mer.
Seulement dans cet instant suspendu où tout semble possible.
Puis l'eau les accueille.
Ils remontent.
Ils rient.
Et recommencent.
Peut-être que ce n'est qu'un plongeon.
Ou peut-être cherchent-ils simplement une porte que nous avons oubliée.
Saudades
Parfois, ce n’est pas un lieu qui me manque.
C’est celui que j’étais quand j’y étais.
Les jours n’avaient pas de hâte.
On regardait le soleil partir comme si l’on pouvait retarder le départ.
Personne ne disait « à demain ».
On faisait semblant qu’il y aurait toujours du temps.
Saudades… Étrange mot pour parler de ceux qui partent sans vraiment disparaître.
Une musique. Un rire. Une rue.
Et nous dansions comme si le monde s’arrêtait là.
Saudades… Il y a des gens qui ne promettent jamais de rester,
et qui pourtant laissent une absence plus grande que la distance.
Aujourd’hui, quand je pense à vous, je ne retourne pas à Itacaré.
Je retourne à celui que j’étais quand vous étiez encore là.
Saudades… Peut-être est-ce le seul endroit où l’on ne peut jamais revenir.
Natal
J’ai traversé des frontières pendant des mois.
Mais c’est autour de cette table que j’ai trouvé une maison.
Personne n’était d’ici. Et pourtant, personne ne semblait être simplement de passage.
Chacun avait apporté un morceau de son enfance :
une épice, une recette, un souvenir.
Et mélangés ensemble, ils n’appartenaient plus à aucun pays.
Dehors, c’était décembre.
Mais la chaleur avait oublié que c’était Noël.
Et nous aussi.
Il y avait de la musique, des rires, des plats sur la table.
Et pendant quelques heures, le manque est restée dehors.
J’aurais pu partir quelques jours plus tôt.
Mais certains adieux méritent d’attendre.
Alors je suis resté.
Et ce soir-là, d’autres sont venus.
Des visages que j'avais croisés dans les rues.
Ils ont apporté de la nourriture.
De la musique.
Des histoires.
Et soudain, nous ne savions plus qui vivait ici et qui n’était que de passage.
Peut-être que c’est ça, Noël.
Découvrir qu’une famille peut aussi naître entre des inconnus.
Aujourd’hui, quand décembre revient,
Je me souviens des visages.
Et de cette étrange sensation d’être si loin de chez moi sans jamais m’être senti aussi proche d’une maison.
Peut-être que c’est ça, Noël.
Outra vez
Si tu sortais, je sortais aussi.
Si tu restais, je restais aussi.
Il te suffisait de dire : « On y va ? »
Cette nuit là, on est allés sur la place juste pour voir la nuit passer.
Le forró envahissait les lieux et on est restés là à regarder.
On ne savait même pas le danser.
On restait là à chercher des visages familiers, à rire de ce qu’on voyait.
Qui est là ?
Qui danse avec qui ?
La musique venait de la place et la nuit était belle, tu souriais..
Puis on a continué à marcher sans savoir où s’arrêter.
Laissant la fête derrière nous, en suivant simplement le chemin jusqu’à la mer.
La musique s’est éloignée, la ville est restée derrière nous.
Et quand on est arrivés sur le sable, on n’avait besoin de rien d’autre.
On s’est allongés dans le noir à regarder simplement le ciel.
Tant d’étoiles là-haut et le silence entre nous deux.
Je suis entré dans la mer, juste pour voir si tu viendrais
L’eau était froide et la nuit était calme.
J’ai regardé derrière moi à la recherche de ton regard.
Peut-être que tu viendrais.
Peut-être que ce serait cette fois-ci.
Je suis resté encore un peu à attendre sans savoir.
Tu as dit : « Une autre fois… »
Et j’ai pensé qu’il y aurait une autre nuit, une autre promenade, une autre place.
Une autre musique au loin, une autre plage, un autre ciel, une autre fois…
Mais certaines nuits ne reviennent pas.
Três degraus
Pendant des semaines,
je savais où te trouver.
Entre le café, la mer, et la fin du jour.
Tu étais toujours là.
Comme si certaines rencontres n’avaient pas besoin d’être organisées.
Puis vint le jour du départ.
Je t’ai cherchée aux mêmes endroits.
La plage. La rue. Parmi les voix.
Mais il y avait un vide qui portait ton nom.
Peut-être que certains adieux commencent comme ça.
Par une absence.
Quand tu es apparue, je t’ai demandé une étreinte.
Un instant. Puis tu es partie.
J’ai monté la première marche du bus.
Je me suis retourné. Rien.
La deuxième. Toujours rien.
À la troisième, je croyais encore entendre mon prénom.
Mais la porte s’est refermée.
Peut-être que certains adieux commencent comme ça.
Sans que personne ne demande à l’autre de rester.
Vento bom
Laissons le vent m'emporter.
Le cœur a besoin de respirer.
Parfois, pour continuer, il faut changer d'air.
Ce n'est pas fuir.
C'est avancer.
Ce n'est pas oublier.
C'est seulement une page qui se tourne,
un voyage qui continue.
Cher vent, emmène-moi d'ici, apporte-moi un nouveau soleil.
S'il reste un morceau de moi là-bas, tant pis.
Le reste renaîtra quelque part.
Chaque étreinte a son temps.
Chaque rue a sa fin.
Rio me connaît déjà.
Peut-être, faut-il encore me perdre pour me retrouver ?
Les sentiments ne retiennent pas.
Ils apprennent à voler.
Toute vague s'en va, comme la marré.
A luz da janela
J’ai laissé une lumière allumée pendant un temps.
Sans savoir si quelqu’un la verrait un jour.
Un souvenir dans une photographie,
un instant arrêté quelque part dans le temps.
J’ai compté les jours en silence, attendu que le vent tourne.
Mais certaines belles choses ne savent pas attendre.
Tu es revenue. Mais j’étais déjà parti.
Aujourd’hui, tu frappes à la porte d’un autre endroit.
Tu es revenue. Mais le temps avait changé.
Tu cherchais ce qu'il avait emporté.
Et ce n’était la faute de personne.
C’était seulement la vie qui changeait de direction.
La fleur que j’arrosais a grandi sans toi. Elle a appris sous la pluie à survivre.
Le rêve que j'avais a changé de couleur mais était toujours beau.
Eclipse
A Ipanema, en fin de journée.
Le vent change.
Le sable refroidit doucement.
La mer emporte la chaleur.
Et le ciel commence à respirer.
Les parasols deviennent des fleurs.
Les ombres s'allongent.
Les couples parlent doucement, comme si le monde pouvait les entendre.
C'est une éclipse.
Tous les jours.
Et personne ne s'y habitue.
Des milliers de personnes.
Un seul horizon.
Tout Rio regarde au même endroit.
Le soleil se couche près des deux frères.
L'odeur du sel. Du citron. Du sucre. La peau encore chaude du soleil.
Les cheveux dans le vent. Les rires avant la nuit.
Le ciel devient orange, puis rose, puis doré. Comme si le temps avait oublié d'avancer.
Il existe des millions de couchers de soleil. Mais un seul fait arrêter toute une ville.
Pendant quelques minutes, personne ne court. Personne ne cherche à retenir le temps.
On regarde. On reste.
C'est une éclipse.
Tous les jours.
Jamais la même.
Demain, le soleil disparaîtra encore.
Et demain, Rio s'arrêtera encore.
Comme si c'était la première fois.
Meia noite
Ce soir, personne ne reste immobile.
Le ciel sait déjà ce qui arrive.
Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un.
Respire.
Minuit.
Tout le monde chante.
Tout le monde danse.
Au milieu de millions de personnes,
chacun cherche quelqu'un.
Personne ne veut commencer l'année seul.
Les feux illuminent le ciel.
Et pendant une seconde, tout semble éternel.
Mais la lumière retourne toujours vers la mer.
Comme nous.
Ate logo
Aujourd’hui, je n’emporte pas les vagues.
Ni le sel, ni le vent qui a appris mon nom.
Tout cela reste comme cela a toujours été.
J’emporte des voix, des rires. des silences.
Des conversations qui se sont terminées sans avoir besoin d’une fin.
J’emporte des regards qui savent encore me retrouver quand je ferme les yeux.
On dit que tout voyage a une fin.
Mais personne ne m’a dit que certaines personnes voyagent avec nous pour toujours.
Non, je ne dis pas adieu.
La mer ne le dit jamais. Elle part simplement…et revient.
À bientôt.
Peut-être que vous ne le savez même pas.
Mais vous avez changé la façon dont je regarde le monde.
Avant, je collectionnais les lieux.
Maintenant, je collectionne les noms.
Si un jour je sens l’odeur du citron, de la pluie ou de la mer…
je me souviendrai qu’il existe un endroit où j’ai été un étranger seulement pendant quelques minutes.
Puis, je me suis senti chez moi.
Non, je ne dis pas adieu.
Parce que certaines personnes ne restent pas dans la mémoire.
Elles restent dans la façon dont on vit.
À bientôt.
Je suis de retour.
Mais parfois, quand je ferme les yeux, j’entends encore la mer.
Et l’espace d’un instant, je redeviens celui que j’étais quand vous me souriez.
Uma parte ficou
Je suis de retour… Après tant de chemins parcourus.
Après tant d’histoires, je suis rentré chez moi.
Mais j’ai découvert une chose :
Certains endroits, on ne les quitte jamais.
Ils vivent encore en moi.
Je suis revenue vers mes lieux familiers, vers les bras que je connaissais,
vers les voix qui m’attendaient, vers la vie que j’avais quittée un jour.
J’ai apporté une valise pleine de photos et de souvenirs, de visages qui sont restés même après la distance.
La même rue m’a retrouvée, la même porte s’est ouverte.
Mais quand j’ai regardé à l’intérieur, j'ai vu que quelque chose avait changé en moi
J’avais besoin de revenir, j'avais besoin de respirer.
Mais il y a un horizon qui sait encore m’appeler
Je suis revenu mais une partie est restée
Je suis revenu mais mon cœur s’est souvenu
Du vent sur mon visage, de la lumière sur la mer, d'une belle langue que j’ai appris à aimer.
Les petites choses me manquent, que personne ne peut expliquer.
Le temps qui s’écoule lentement.
La façon simple de marcher, les rencontres inattendues, des noms que j’ai gardés.
De tout ce que j’ai perdu et de tout ce que j’ai trouvé, je m’en souviens…
Peut-être qu’un jour je reviendrai…
Peut-être que je resterai plus longtemps.
Peut-être que je trouverai des réponses que je cherche encore au fond de moi.
Mais aujourd’hui, je sais…
Ce n’est pas une question de départ.
Il ne s’agit pas de rester, il s’agit de tout cela qui commence à s’installer en nous.
Entre deux mondes, entre deux lieux, je porte en moi des histoires que personne ne peut m’enlever.
Je suis revenu mais une partie n’est jamais partie.